Autobiographie, par
Bonjour,
Je viens d'achever et d'expédier mon manuscrit ci-dessous. Il est parti dans une maison d'édition parisienne "ZULMA". Quelqu'un connait-il cette
maison ?
Ce qui est bête, c'est que cette maison vient de me refuser l'édition de mes deux manuscrits de Pauline, et leur courrier est arrivé le lendemain de
mon envoi. Je vous demande si vous pouvez m'aider pour éventuellement une correction de certains de mes ouvrages. Je vous en remercie. A bientôt j'espère.
SOUS LA CARESSE DU MISTRAL
C’est un village provençal, sentant bon le thym et la lavande, caressé par le mistral et bercé par le
chant voluptueux des cigales, dans ce paysage merveilleux célébré par Pagnol. Situé entre Hyères et Toulon, La Valette du Var est dominé par deux grands monts, la corniche du Faron et le Coudon.
La corniche du Faron, bien connue des as du vélo qui l’ont si souvent grimpée en danseuse, l’est aussi des amateurs de belles photos. Un spectacle féerique s’offre aux regards de ceux qui ont le
bonheur de le découvrir. À la nuit tombante, la plus belle rade du monde offre sa multitude de bateaux, militaires ou de plaisance, ses paquebots aussi, pour ceux qui partent en croisières. Tout
n’est que beauté, et je ne me lasserai jamais de les admirer.
Le Coudon, ce n’est pas la même chose, il n’est pas accessible aux visiteurs, il appartient à
l’armée. On peut cependant apercevoir le fort, sur le sommet de la colline. Base stratégique, il fait partie d’un monde mystérieux. Quand j’étais petite fille et que je faisais des sottises, ma
mère me disait qu’il était habité par des sorcières et que, si j’étais sage, elles se transformeraient en fées.
Je suis toujours impressionnée par cette grande masse de pierre qui semble toucher le
ciel.
C’est dans ce gentil village que le soleil et les cigales ont bercé mon enfance. Où j’ai découvert la
tendresse et l’amour, le malheur et la souffrance, mais où j'ai aussi connu des gens sympathiques et sincères.
Monsieur et madame Serpinet, les épiciers du village. Madame Chambellotti, notre boulangère, chez qui
j’aimais me rendre tous les dimanches pour renifler la bonne odeur de plats de tomates et de poivrons farcis que nous amenions cuire dans son four à bois. Le menuisier, en face de chez nous, qui
nous cassait les oreilles avec le bruit interminable de sa scie. La famille Mercier, dans le café dont j’ai oublié le nom. Madame Cariolo, une voisine, et sa fille Malou, qui nous aimait bien.
Madame Infernet qui me « toucha » plus d’une fois le front, quand « j’attrapais » une insolation. Monsieur et madame Kuhn et leurs deux enfants Erica et Guy.
Je n’oublierai jamais tous ces gens. Chaque fois que je reviens au village, mon cœur se serre. Les
bons et les mauvais jours que j’y ai passés reviennent, les longues promenades sur la corniche du Faron, avec ma sœur Monique…
Mes copines d’école, avec qui j’ai parcouru un bout de chemin, parmi lesquelles Rosette, Marilou,
Michèle, Mansourra, dont le père algérien tenait l’unique bistrot pour Arabes.
Mes camarades de travail dans les boucheries de Toulon, principalement la boucherie Bertrand et le
Prisunic du Pont du Las. Raymonde Laurence, la dernière de mes amies. Ensemble, nous avons travaillé dans l’usine de bouchons à Saint Jean du Var. Monique, une autre camarade d’école, avec qui
j’aie gardé le contact. Chaque année aux grandes vacances, je rendais visite à sa mère, au Pont-du-Las.
Toutes sont omniprésentes dans mes souvenirs car elles ont été mes amies.
Et puis il y a ma mère, mon père et ma sœur qui reposent dans le petit cimetière de ce village qu’ils
ont tant aimé.
Mon frère qui a voulu être inhumé dans le petit cimetière de Royère-de-Vassivière, dans la
Creuse.
Toussaint, qui fut mon premier grand amour et grand chagrin, victime lui aussi de cette barbarie
sanguinaire, mort en Algérie - on dit pour la France -, quelle triste épitaphe à vingt ans. Toussaint, que toute ma vie j’ai cherchée à travers d’autres amours, et dont je n’ai jamais trouvé la
tombe.
Notre histoire, j’avais jurée à ma sœur Monique de l’écrire un jour. J’ai tenu ma promesse. Sa
souffrance fait partie de notre histoire.
Je me devais de leur rendre cet hommage après les épreuves de cette horrible guerre qui ont
brisé tant de vies.
Ce livre, je l’ai écrit avec tout mon cœur, pour leur dire tout mon amour et que mes
enfants connaissent l'histoire de notre famille.
J’ai quitté La Valette il y a plusieurs années. Lorsque chaque été je reviens en
vacances, j’aime aller me promener dans la colline au-dessous du Coudon. Je m’y sens bien, je respire à pleins poumons l’air parfumé. J’ai pour moi seule le chant des cigales. L’impression de
tout avoir à portée de la main. Je peux voir la mer qui froisse le rivage par temps clair et se confond avec le ciel. Je
hume à plein nez tous les parfums que le vent m’apporte et qui me submergent jusqu’à l’ivresse. Une douce musique caresse mes tympans. "Elle chemine au travers des pins où les cigales donnent
leur concert."
Oh ! bonne mère, comme cela est bon et agréable.
Ces sensations, je les garde précieusement. C’est mon héritage, elles sont un baume pour moi.
Quand l’été se prépare, chaud et ensoleillé, apportant comme chaque année son flot d’estivants en
quête d’un coin de plage, mes souvenirs remontent, quelques années en arrière, au temps où nous étions "jeunes."
Je l’attendais. chaque année. Elle était en pension à Marseille, Monique. Elle avait cinq ans
de plus que moi. Il y avait ma sœur Josette et mon frère René de douze et quatorze ans mes aînés. Trop d’années nous séparaient. Monique et moi, c’était différent. Au fil des ans, nous
sommes devenues les meilleures amies du monde. Elle me confiait ses moindres petits problèmes. Moi, je posais toujours les mêmes questions : pourquoi ne vivait-elle pas avec nous ? Pourquoi
était-elle en pension ?
Plus d’une fois, j’ai dû interroger ma mère pour savoir ce qui était arrivé. Mais
elle me répondait toujours que j'étais trop jeune pour m’en parler, et surtout pour que je comprenne. Mon enfance fut
très solitaire, j’ai eu beaucoup de mal à me lier avec les fillettes de mon âge et j'ai donc eu très peu d’amies.
Vers l’âge de sept ans, j’ai su enfin car j'ai commencé à avoir des problèmes de santé, des douleurs
dans les jambes et dans le dos. J’étais complexée par les cicatrices que je portais au cou et que je cachais du mieux que je pouvais avec des foulards. Adolescente, j’adorais la lecture et je
restais enfermée des heures, un livre entre les mains. Je dévorais tout ce qui me tombait sous les yeux, même les lectures interdites que je dérobais dans la chambre de mon frère. Je voulais tout
savoir, tout comprendre, et surtout découvrir ce monde mystérieux qui m’entourait.
J'étais prête à faire n’importe quoi, tant j'étais mal dans ma peau. Aussi, quand Monique était
avec moi, je renaissais à la vie, je me sentais enfin utile à quelque chose, à quelqu’un.
Entre Monique et moi, il y avait plus qu’une complicité. Nous nous portions mutuellement une immense tendresse.
Mais quel était ce mystère qui nous entourait ? Pourquoi n'étions-nous pas des jeunes filles comme
les autres ? Je n’ai jamais osé les poser ces questions. Elle était si pleine de vie, de pétulance. Auprès d’elle, on ne s’ennuyait jamais, elle racontait ses blagues marseillaises comme
personne.
Il n’y a jamais eu de haine dans son cœur, jamais de paroles méchantes, même envers ceux qui la
blessaient. Je réagissais à sa place. C’était plus fort que moi : quand j’entendais des chuchotements à son encontre, je ne pouvais le supporter. Monique ne s’en souciait pas, elle riait et me
lançait : « Laisse-les dire. Tu sais, ils sont plus bêtes que méchants. »
Aujourd’hui, je veux rendre hommage à son courage et sa bonté, la remercier de m’avoir tant appris.
Car malgré les épreuves que lui a infligées la vie, elle n’a jamais perdu l’espoir.
Je sais que tous ceux qui nous ont connus et aimés, se souviendront.
CHAPITRE PREMIER
Chaque soir, nous avions l’habitude de nous réunir dans le petit salon, qui servait aussi de salle à
manger. C’était une pièce assez grande, avec une alcôve qui servait de chambre à mes parents. Au milieu, une table ovale où nous prenions nos reptas. Dans un coin, l’unique meuble, une armoire.
Dans un autre coin, la TSF, avec devant, le seul fauteuil de la maison où mon frère s’installait pour écouter la musique.
Ce soir-là, pendant que ma mère vaquait dans sa cuisine, René, un bouquin sur les genoux, sa pipe à
la main, lisait. Il venait d’avoir vingt et un ans et avait obtenu son bac. Cela le rendait heureux et comme il disait si bien : « À moi la liberté ! » Pour lui, une nouvelle existence commençait
: avec la pension de guerre qu’il touchait pour son infirmité, il allait s’offrir de belles vacances. Moi, je respirais le doux parfum de son tabac blond. J’adore cette
odeur.
Après avoir essuyé la vaisselle, je rejoignis Monique qui m’attendait pour une partie de petits
chevaux. C’est un voisin ami qui avait fabriqué le jeu, spécialement pour elle. Il mesurait 1 mètre sur 1 mètre et était entièrement peint à la main. Au bout de la cinquième partie, Monique
déclara forfait, elle se sentait tout à coup fatiguée et désirait aller se coucher.
Mon frère en fit autant. Il devait se lever tôt.
Je restai seule avec ma mère qui avait pris place dans le fauteuil, un tricot entre les mains. En la
regardant, je ne pouvais imaginer qu’elle portait en elle un si lourd secret. Je m’installai sur le coussin posé sous ses pieds et restai songeuse. Au bout d’un instant, j’osai lui poser encore
une fois les mêmes questions. Allais-je enfin savoir ce qui avait tant marqué ma famille ? Quelles avaient été ses épreuves ? Comment tout cela était arrivé ? Comment avaient-ils réagi devant la
sentence qui les avait condamnés ?
Voici le récit que m'a fait ma mère :
1942 : Les forces allemandes occupaient la France, et un an plus tard notre famille s'est
retrouvé sans son chef. Beaucoup d’hommes étaient partis rejoindre la Résistance, d’autres se cachaient pour échapper aux nazis. Ton père avait pu rejoindre un groupe de résistants et je me suis
retrouvé seule avec vous quatre et le commerce à tenir. Les problèmes de ravitaillement se sont multiplié, le mécontentement a généré des tensions dont j'ai du faire les frais. Sur ma boucherie,
se sont focalisé quelques rancœurs. J'ai tenté de faire face, mais seule, c’était trop difficile. J'avais beaucoup de mal à nous ravitailler. Les habitants avaient faim, ils manquaient de tout.
Toi, tu n’étais qu’un bébé, et la nourrice qui te gardait, revenldait les boîtes de lait que j’avais tant de
mal à me procurer : Elle les échangeait contre de la nourriture et le jour où je m’en suis aperçue, j’ai cru que j’allais la tuer ! Tu n’arrêtais pas de pleurer et dès que je te donnais ton
biberon, tu te jetais dessus. Alors, j’ai compris que tu n’avais pas tes rations. C’est ainsi que j'ai décidé de fermer la boucherie. Je ne pouvais plus faire face toute seule. Je n’ai même pas
eu l’idée de faire du marché noir. Je n’ai pensé qu’à vous et à notre sécurité. Surtout avec ce qui était arrivé…
Elle s’arrêta un moment : sa voix s'était nouée, tant l'émotion de ces souvenirs était douloureux
pour elle. Je levai les yeux vers son visage, son regard était ailleurs. Je percevais confusément qu'un drame sous-tendait l’existence de ma mère.
Les yeux fermés et d’une voix incertaine, tremblante, mais suffisamment forte pour que je l’entende,
elle reprit son récit. J’écoutais, attentive, gagnée par une étrange sensation . Comme si je traversais moi-même ces terribles événements. Et ma mère expliquait qu’en ces jours sombres…
Le coup de coeur offert par le chanteur Patrick FIORI sous son premier titre : Quand j'entendais chanter les cigales.
Quelques lettres de mes fans :